GOMA 27 JANVIER 2025- 27 JANVIER 2026 : UN AN D’OCCUPATION
L’occupation de Goma a été associée à de violations graves du droit international humanitaire


L’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est marqué depuis plus de trente ans de conflits armés complexes, résultant de dynamiques postcoloniales, d’enjeux ethniques et de luttes pour le contrôle de ressources naturelles (minerais stratégiques) et de routes commerciales. Ces facteurs ont nourri des cycles successifs de violence entre forces étatiques, milices locales et groupes rebelles étrangers ou soutenus par des puissances régionales.[1] occupée pour la dernière fois par le M23 en 2012, le 27 janvier 2025, GOMA à l’Est de la RDC, la plus grande ville de l'est du Congo constituée de plus de 2 millions d'habitants, est envahie et occupée par une alliance rebelle menée par la milice M23, dirigée par l'ethnie tutsi, rebelles soutenus par le Rwanda.
Le M23, un groupe armé d’origine tutsi et historiquement actif dans le Nord‑Kivu, s’est réorganisé au début des années 2020, exploitant à la fois l’insécurité chronique et les tensions transfrontalières avec le Rwanda. Les épisodes antérieurs incluent notamment la prise de Goma en 2012, qui avait duré plusieurs semaines avant un retrait suite à des pressions diplomatiques. D’importants processus régionaux, tels que les initiatives de paix de Luanda et de Nairobi ont tenté de contenir la crise mais sans aboutir à un règlement durable avant 2025. Les mécanismes onusiens et régionaux (MONUSCO, EACRF) ont rencontré des limites opérationnelles et diplomatiques face à l’évolution de la violence.[2]
Depuis 2022, le M23 mène une offensive progressive dans le Nord-Kivu, capturant de larges portions du territoire provincial et se rapprochant stratégiquement de Goma. Le leadership de l’Alliance du fleuve Congo (AFC), incluant le M23, affiche une ambition politique nationale, Corneille Nangaa déclarant que l’objectif final n’est pas Goma mais Kinshasa. Le 26‑27 janvier 2025 constitue un point d’inflexion majeur du conflit : le M23, soutenu militairement par le Rwanda, a lancé une offensive offensive majeure et capturé la ville de Goma, capitale du Nord‑Kivu et centre administratif, économique et logistique de l’est de la RDC. La conquête fut rapide, précipitée par des affrontements intenses avec les Forces Armées de la RDC (FARDC)[3]
Impacts sécuritaires humanitaires et économiques
L’occupation de Goma a été associée à de violations graves du droit international humanitaire.. Parmi ceux-ci des rapports de Human Right Watch fesant état de harcèlement, de la détention et d’exécution sommaire de civils, y compris journalistes, activistes et habitants, par des combattants du M23 et ses alliés.[4] Des exécutions ciblées et violences arbitraires dans la ville en février 2025, avec au moins deux dizaines de civils abattus dans des quartiers urbains rapporte Africa New.[5] L’offensive du M23 et l’occupation de Goma ont tout autant déclenché une crise humanitaire majeure. Avant et après l’occupation, des centaines de milliers de civils ont été déplacés, s’ajoutant à une crise préexistante qui avait déjà forcé plus de 400 000 personnes à fuir avant janvier 2025, selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).[6] Cette violence a été suivi par l’ordre donné par le M2 à des dizaines de milliers de personnes déplacées de quitter les camps aux alentours de Goma contrevenant ainsi aux normes internationales de protection civile.[7]
Selon Human Right Wathc, des civils se sont retrouvés entre les lignes de feu, avec des bombardements et tirs indiscriminés affectant des zones densément peuplées et fragilisant davantage la sécurité en ville.[8] Les camps de déplacés autour de Goma ont été démantelés ou vidés de leurs résidents, souvent sous la contrainte, entraînant une augmentation dramatique des besoins en abri, nourriture, santé et protection. Cette situation a surtout conduit à la rupture des chaînes d’approvisionnement, les blocages des routes commerciales et la déstabilisation de l’activité économique ont aggravé l’accès à la nourriture et aux soins. Des rapports épidémiologiques montrent que des milliers de décès civils et un effondrement des capacités sanitaires ont suivi l’avancée des combats.[9]
Évolutions politico-diplomatiques récentes
À l’horizon 2025-2026, l’évolution de la crise dans l’est de la RDC laisse apparaître une dynamique marquée par la coexistence fragile entre efforts diplomatiques et réalités militaires, avec la poursuite de négociations de paix sous médiation internationale notamment des États-Unis, du Qatar et de l’Union africaine[10] visant à instaurer un cessez-le-feu durable et à définir les modalités d’un retrait, d’une réintégration ou d’une transformation politique des forces rebelles, tandis que le terrain révèle des mouvements contrastés, faits de replis tactiques ou de repositionnements du M23 dans certaines zones du Sud-Kivu et au-delà, sans pour autant mettre fin aux hostilités sur d’autres fronts, ce qui renforce la probabilité d’une implication accrue des mécanismes régionaux et continentaux tels que l’Union africaine, la SADC et la Communauté d’Afrique de l’Est pour tenter de structurer une réponse diplomatique coordonnée et crédible, dans un contexte où ces perspectives demeurent hautement vulnérables à l’absence de pressions internationales soutenues, de compromis politiques internes et d’un engagement multilatéral cohérent et contraignant.
Analyse politico-prospective de l’occupation de Goma.
L’occupation de Goma par le M23 constitue moins un épisode isolé qu’un révélateur aigu d’une recomposition géopolitique profonde dans la région des Grands Lacs, dont la relation conflictuelle entre la RDC et le Rwanda demeure le principal nœud stratégique. Les accusations persistantes de soutien militaire direct de Kigali au M23, documentées par des rapports onusiens, des ONG internationales et des sources diplomatiques, traduisent une logique de projection sécuritaire rwandaise visant à neutraliser les groupes armés hostiles à ses intérêts, mais aussi à maintenir une capacité d’influence directe sur l’Est congolais, dans un contexte où le gouvernement congolais peine à rétablir une autorité étatique crédible et durable malgré l’état de siège qui dure dans les provinces du Nord Kivu et de l’Ituri depuis 2021. En effet, cette dynamique s’inscrit dans un contexte frontalier historiquement poreux. Dans lequel les appartenances ethniques transnationales, les alliances politico-militaires informelles et les économies de guerre facilitent la circulation des combattants, des armes et des ressources, favorisant ainsi la transnationalisation du conflit et impliquant indirectement le Burundi, l’Ouganda et, par ricochet, le Kenya, désormais davantage exposé aux risques sécuritaires et migratoires régionaux.
Sur le plan géoéconomique, le contrôle direct ou indirect des routes minières, des zones d’extraction et des corridors logistiques du Nord et du Sud-Kivu reste un facteur structurant du conflit, les minerais stratégiques (or, coltan, cassitérite) constituant à la fois une source de financement pour les groupes armés et un enjeu de compétitivité régionale dans un contexte de demande mondiale accrue, notamment liée aux chaînes de valeur technologiques et énergétiques. Les signaux faibles observés depuis 2025, tels que l’intensification des discours sécuritaires à Kigali, la prudence croissante des partenaires occidentaux vis-à-vis du Rwanda sans remise en cause frontale de leur coopération, et la fragmentation des initiatives régionales de paix (EAC, SADC, UA), suggèrent une stabilisation conflictuelle plutôt qu’une résolution imminente, où le rapport de force sur le terrain continue d’influencer les négociations politiques.
L’occupation de Goma apparaît ainsi comme un moment charnière : soit elle ouvre la voie à une refonte pragmatique de l’architecture régionale de paix et de sécurité, fondée sur des mécanismes contraignants de désescalade, de contrôle transfrontalier et de gouvernance des ressources, soit elle consolide un modèle de conflictualité chronique dans lequel les villes stratégiques de l’Est congolais deviennent des leviers de pression politique et diplomatique. Dans ce scénario, l’absence d’un compromis politique durable entre les gouvernements Congolais et Rwandais, conjuguée à l’épuisement progressif des instruments classiques de médiation, risque d’ancrer durablement l’Est de la RDC dans une zone grise sécuritaire, avec des répercussions majeures sur la stabilité de l’Afrique centrale et orientale au cours de la décennie à venir. Les efforts diplomatiques actuels constituent moins une solution qu’un dispositif de contention géopolitique, visant à éviter le pire. Leur efficacité dépendra de trois variables critiques : la capacité des médiateurs à imposer des mécanismes de suivi crédibles, la volonté réelle des États concernés d’accepter des compromis coûteux… et l’intégration de la question des groupes armés et de l’économie des ressources dans un cadre de négociation plus large. À défaut, la diplomatie risque de devenir un simple accompagnement du conflit, plutôt qu’un levier de transformation durable de l’ordre sécuritaire dans les Grands Lacs.
[1] A guide to the decades-long conflict in DR Congo | Conflict News | Al Jazeera
[2] The East African Community Regional Force in the Democratic Republic of the Congo: Successes, Challenges and Prospects – ACCORD
[3] Conflict in the Democratic Republic of Congo | Global Conflict Tracker
[4] DR Congo: Rwanda-Backed M23 Target Journalists, Activists | Human Rights Watch
[5] DRC: M23 rebels executed at least 21 civilians in Goma, Human Rights Watch says | Africanews
[6] DR Congo: Civilians at Risk as M23 Approaches Goma | Human Rights Watch
[7] RD Congo : Le M23 ordonne aux personnes déplacées de quitter des camps de Goma | Human Rights Watch
[8] In DRC, a Durable Solution Means Addressing Justice | Human Rights Watch
[9] Goma’s unfolding crisis: the humanitarian catastrophe and its devastating public health consequences in the eastern Democratic Republic of the Congo | BMJ Global Health
[10] Eastern Democratic Republic of the Congo (DRC) Crisis: Daily Updates, March 2025 - The Chanzo
